mercredi 3 août 2011

La duchesse, (The Duchess), 2008

Réalisation :Saul Dibb

Production : Mickael Kuhn, Gabrielle Tana, Andrew Warren

Scénario : Saul Dibb, Jeffrey Hatcher, Anders Thomas Jensen

Distribution : Keira Knightley (Duchesse du Devonshire), Ralph Fiennes (Duc du Devonshire), Charlotte Rampling (Lady Spencer), Dominic Cooper (Charles Grey), Hayley Atwell (Bess Foster)

Musique : Rachel Portman

Genre : Biopic

Studio : Paramount

Alors qu’on pourrait s’attendre à un autre film costumé sans grande profondeur, La duchesse a de quoi surprendre. En effet, le féminisme discret et très efficace de ce long-métrage le distingue de tous les autres, surtout quand il s’agit d’une biographie. Nous suivons avec intérêt le vécu de cette pauvre Duchesse du Devonshire, puisqu’il est retracé sans fard ni paillettes, et traduit la souffrance de bien des femmes de cette époque.

Le plus fort de ce film est qu’il est dépourvu de fin. Cette femme, qui s’est pourtant révolté contre les principes de son temps –vivre pour un temps avec son amant- et ayant accepté des choses inimaginables –comme vivre avec la maitresse de son mari- sera finalement engloutie par cette société morale. Malgré tout le prestige qui fit que sa réputation perdure encore aujourd’hui, l’amour maternel –donc une part de sa féminité- lui fait renoncer à ses rêves pour le bien de ses enfants.


La mise en scène, sobre mais subtile rend l’effrayante histoire de la duchesse encore plus terrible, suceptible de toucher encore plus les spectatrices, s’il était possible. Comme quoi, il n’y avait finalement que peu de différences entre les classes : les nobles n’étaient pas mieux loties en mariage que d’autres. L’ignorance quant à ce qu’implique la vie conjugale se révèle être un désastre pour l’émancipation de la femme, et il fallait bien un homme comme Charles Grey pour rendre heureuse cette femme brisée pour les outrages de son mari. La société des apparences reste le problème majeur de cette vie dictée par les bonnes manières : ici, on peut retrouver quelques points communs avec l’actualité, du moins pour certaines classes.



Mais surtout, ce qui fait que la cause féministe de ce film est encore plus évidente, c’est la constante présence de la Duchesse, dans chaque scène du film, sauf deux : celle où se décide son mariage avec le duc du Devonshire, et l’entretien qu’il a avec sa belle-mère à la naissance de leur première fille. Autrement dit, où elle est le sujet de concentration et où se joue son destin. Cette sorte de focalisation interne rend les combats de cette femme solitaire encore plus oppressants, et les actes de son mari odieux. Ce monstre est en effet tellement crédible que l’énergie de son épouse pour lutter contre lui n’est presque même plus surprenante. Seule contre tous, et n’ayant comme secours un amant avec lequel elle aura passé de très brefs moments. Son bonheur scellera la fin de sa vie amoureuse. Un film qui nous fait dire que notre époque, malgré bien des problèmes, reste préférable à celle-ci, où le bonheur pour une femme était « hors de question ».

Keira Knightley se révèle étrangement bouleversante dans ce film : alors qu’on l’avait vu auparavant dans des rôles plus ou moins sans surprise, elle déjoue ici toutes nos attentes et va jusqu’à faire pleurer le spectateur. C’est sans doute une actrice qui gagnera beaucoup avec la maturité, sachant qu’elle est encore jeune. On peut souhaiter la voir dans de très beaux rôles à l’avenir. Pour ce qui est du reste du casting, on peut remarquer que Ralph Fiennes, Charlotte Rampling et Dominic Cooper sont tout à fait à la hauteur de leurs rôles et des dialogues.

On peut noter que la reconstitution de l’époque et la musique sont très réussies, et font beaucoup pour le charme du film, comme l’a remarqué spectatrice avisée. Un film dérangeant, mais de ceux qui sont à revoir.


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