La source des femmes, 2011
Réalisation: Radu Mihaileanu
Production: Denis Carot, Marie
Masmonteil, Radu Mihaileanu
Scenario: Alain Michel Blanc,
Radu Mihaileanu
Distribution: Leila Bekhti
(Leila), Hafsia Herzi (Esmeralda), Biyouna (Vieux Fusil), Saleh Bakri (Sami),
Hiam Abbass (Fatima), Karim Leklou (Karim)
Musique : Armand Amar
Genre: Drame
Studio: Europa
Sujet : Dans un village au Maghreb, les femmes doivent
tous les jours allaient chercher de l’eau à la source, dans les montagnes.
Elles décident de faire la grève de l’amour pour obliger les hommes à les
aider...
Le spectateur peut être surpris par un film tel
que La source des femmes : alors que l’affiche laisse
présager un hymne au combat des femmes, la fin laisse pourtant supposer que ce
même combat est loin d’être terminé. Alors que les habitantes d’un village se sont battues à
l’initiative de Leila en faisant la grève de l’amour, elles ont bien obtenu
gain de cause avec une fontaine sur la place du village, mais non pas un
changement de mentalité des hommes. C’est donc avec une certaine réserve que le
film se termine, et c’est très bien vu de la part du réalisateur de signifier
que la lutte est loin d’être passée sous silence.
Car les hommes sont présentés ici comme des monstres ou des
abrutis, ou bien les deux, à quelques exceptions près. Cependant, leur attitude
nous parait tellement réaliste qu’on ne peut absolument pas faire allusion à la
caricature. Seuls Sami, Karim et l’ex de Leila rattrapent le coup, mais la relation
hommes-femmes dans ce film est un tel désastre, qu’ils sont loin de changer
l’impression que l’on peut avoir en sortant du cinéma.
Et les femmes sont seules ensembles. Voilà comment résumer
leur situation que tente de changer désespérément Leila « l’étrangère »
et Vieux Fusil. Mais certaines épouses ne veulent pas de problème en faisant la
grève de l’amour, et d’autres se font violer, battre. Dur portrait de la
condition de la femme, que le réalisateur a bien pris soin de ne situer que
très approximativement du Maghreb. On n’accuse ainsi personne, tout en
dénonçant bien des choses. Le rôle de la femme qui s’efforce de lutter semble
appartenir, dans le domaine du cinéma, à la femme arabe (Et maintenant
on va où?, Les secrets) : apparaissant dans une
féminité typique, avec naturel, elle ne peut que toucher toutes les autres
femmes. Elles font la lessive, étendent le linge, dansent, souffrent ensemble.
Si Leila est la seule à être heureuse en mariage, seule Esméralda, la plus
jeune, aura le courage d’être moderne en quittant définitivement le village.
Les scènes se succèdent : certaines sont drôles,
d’autres tragiques, troublantes, contestataires, musicales, et tout se confond
dans un mélange surprenant qui nous engage à suivre ces femmes pour un moment.
Et c’est peu donner pour une telle cause, lorsqu’on considère le combat que
mènent les femmes en Arabie Saoudite aujourd’hui.
Leila Bekti, qui était déjà très bien dans Tout ce
qui brille de G. Nakache, nous prouve ici qu’elle a l’étoffe d’une grande
actrice pour tenir un rôle principal. Au côté de Biyouna, qui est elle aussi troublante de vérité,
toutes les autres actrices sont à la hauteur, et nous avons la joie de ne
déplorer aucun écart cruel de talent dans ce film. Les interprètes masculins,
sont parfaits dans des rôles détestables, on les salue donc aussi mais avec une
réserve plus ou moins inconsciente. La
mise en scène de Radu Mihaileanu sait s’effacer au profit de son sujet,
toujours intéressant et d’actualité. La source des femmes peut
faire le même effet qu’un film de Nadine Labaki, une lecture de Simone de
Beauvoir ou Virginia Woolf : on ne peut qu’être indignée et à la fois
étrangement inquiète, devant tant de travail à faire, de son côté et de celui
de l’autre.,





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