dimanche 4 décembre 2011





Truman Capote, 2006

Réalisation: Bennett Miller
Production: Caroline Baron, William Vince, Michael Ohoven
Scenario: Dan Futterman d’après Gerald Clark
Distribution: Philip Seymour Hoffman (Truman Capote), Clifton Collins Jr (Perrry Smith),Mark Pellegrino (Richard Hickock), Chris Cooper (Alvin Dewey), Catherine Keener (Nelle Harper Lee)
Musique : Michael Danna
Genre: Biopic
Sujet : Truman Capote est un écrivain reconnu américain, qui entreprend d’écrire un livre sur le meurtre de la famille Clutter, Kansas...

C’est un film qu’il faudrait davantage voir comme un complément du livre de Truman Capote, et non une adaptation, comme s’est contenté de le faire Richard Brooks en 1967, qui était d’ailleurs très bien fait et documenté. Non, c’est la relation entre Truman Capote et les deux meurtriers qui intéresse ici Bennett Miller : il n’est question du meurtre qu’à la fin.
Philip  Seymour Hoffman est époustouflant dans ce rôle délicat de Truman Capote, sans jamais trop en faire : on croit à son personnage comme si l’écrivain lui-même avait joué dans le film. La reconstitution de l’époque est réussie. Le seul regret que l’on peut avoir est que Bennett Miller ne se soit pas un instant penché sur la population de Halcomb : une belle occasion de dresser un portrait de l’Amérique de cette époque n’a pas été saisie malheureusement. Mais on se doute que la relation entre cet auteur mondain et ses deux tueurs était assez vaste pour délaisser certains éléments du livre. 




Car il s’agit bien de l’histoire d’un écrivain qui s’est passionné pour un  sujet qui n’avait rien à voir avec son monde. Et pourtant l’auteur de Breakfast at Tiffany s’est lié d’amitié avec un tueur victime de déboires familiaux et de la société, Perry Smith. De longues visites dans le couloir de la mort se succèdent, confrontant un détenu espérant s’en sortir et un écrivain focalisé sur l’écriture de son livre. Ces deux hommes, dont les personnalités diffèrent et en même temps se ressemblent, vont vivre une étrange amitié intéressée. En effet, si Perry attend de Truman Capote un soutien judiciaire, l’autre espère tenir le roman « de la décennie », qui pourrait lui donner une gloire certaine.


Lourd travail de quatre ans, cet auteur n’a sans doute pas dû réfléchir sur ce qu’impliquait un tel projet d’un point de vue personnel quand il l’a commencé. Désespérant de trouver une fin, sa vie de couple s’effritant un peu et son penchant pour l’alcool montant en flèche, il est presque aussi seul avec son idée fixe que Perry Smith avec la vallée de larmes qu’est sa vie. Le véritable coup de maitre de Capote est d’avoir détecter  très tôt dans cette affaire un sujet passionnant sur la société américaine. A ses côtés, on a la joie de voir l’énigmatique Harper Lee, amie de Capote, le soutenir. Auteur de l’inoubliable « To kill a mockingbird », dont le film de Robert Mulligan (1962) est d’ailleurs excellent, sa personnalité contraste étrangement avec celle de son ami. Alors que Truman est assez mondain et quelque peu égocentrique, elle reste très discrète sur ses écrits et pour sa vie privée.
Il est intéressant de constater que dans les deux films, on ne soit jamais arrivés à trouver des acteurs aussi marqués que les vrais tueurs, Perry Smith et Richard Hickock. Les photos qu’a prises le célèbre photographe Richard Avedon témoignent de personnalités fragiles : les acteurs ne sont pas aussi cicatrisés physiquement. Ce meurtre de la famille Clutter, parfaite, reste un évènement extrêmement perturbant : en photos, en films, et en livre.




3 commentaires:

  1. Superbe commentaire Hélène. Je pense à tous les commentaires qui essaient en vain de caser les acteurs dans des représentations sociales. Culture contre sous-culture, blanc face à noir (le véritable Abdel n'appartient d'ailleurs à aucune de ces catégories). Handicapé face à bien portant. Non!
    Deux êtres humains en relation. Ne négociant rien sur l'essentiel: Ne négociant pas sur ce qu'ils sont au fond d'eux même. Deux personnes libres en dépit de leurs histoires, leurs images,leurs besoins. Libres et intouchables. Capables de grandir dans cette relation de tous les dangers.
    Joyeux Noël Hélène, joyeux Noël à tes proches...

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  2. Merci pour ce commentaire!! :) C'est vrai que ce film dit bien des choses avec simplicité, avec le risque de tomber dans une interprétation simpliste à propos de l'écart entre ces deux êtres libres, comme tu le dis si bien.
    Un très bon Noël à toi aussi!

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  3. Je me suis trompé de film lors de la saisie de mon précédent commentaire. Je voulais commenter Intouchable comme tu as pu le comprendre.

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