Des hommes et des dieux, 2010
Réalisation: Xavier Beauvois
Production: Pascal Caucheteux et
Etienne Comar
Scenario: Etienne Comar et Xavier
Beauvois
Distribution: Lambert Wilson
(Christian), Michael Lonsdale (Luc), Olivier Rabourdin (Christophe), Jacques
Herlin (Amédée), Loïc Pichon (Jean-Pierre), Xavier Maly (Michel), Philippe
Laudenbach (Célestin)
Genre: Drame
Sujet: Des moines vivent en harmonie avec les
algériens dans le village de Tibhirine en 1993. Lorsque des terroristes menacent
la population locale, ils décident de rester, en dépit du danger...
C’est un film qui nous offre un grand moment de
cinéma : toute en sobriété, la mise en scène subtile de Xavier Beauvois a
su s’effacer au profit de son sujet, grave, qui ne cesse de nous interpeller.
Vivant avec ces courageux moines cisterciens pendant les temps précédant leur
enlèvement, on peut suivre leur cheminement personnel : avant tout des
hommes avant d’être des religieux, certains ne comprennent pas la décision de
leur abbé Christian, véritable intellectuel féru de la culture algérienne (y
compris le Coran). Alors qu’il répond aux autorités qu’ils resteront coûte que
coûte, puisque c’est leur pays, les autres affirment qu’ils ne demandaient pas
le martyre, qu’ils pourraient partir plus loin. Et ce parcours de chacun va
finalement les conduire sur le chemin de la foi, et de l’isolement dû à leur
vocation religieuse : là-bas, en France, personne ne les attend. En
Algérie, le village a besoin d’eux.
Tous très attachants par à la fois leur force et leur
courage, les moines du monastère vivent en communauté, avec un rôle attribué à
chacun : en plus de la dimension dramatique du film, inévitable car
véridique, Beauvois nous offre le portait de chacun de ces moines par des
évènements simples de leur vie quotidienne, rendant ainsi chaque scène
touchante. Comment ne pas sourire lorsqu’on voit Frère Luc endormi en tenant
dans ses mains les « Lettres Persanes » ? Comment ne pas être
intrigué par Frère Christian, qui étudie le Coran tous les matins, amoureux du
pays dans lequel il est au point de refuser la possibilité de partir ?
D’autres font leur miel, cultivent la terre, tandis que frère Luc soigne la
population locale, et même plus tard un terroriste blessé. Certains moines sont
intellectuels avec une sensibilité qui leur permet de parler de tout, d’autres
sont anciens plombiers, ou autres. Et pourtant ils sont morts, tués dans des
circonstances mystérieuses, un jour de neige. Et là où l’intelligence de la
réalisation se montre, c’est lorsqu’on les voit s’éloigner dans la neige,
partir, sans explosion de sang ou autre. Ici, Beauvois fait preuve de respect
vis-à-vis des moines et se plie au contexte : on ne sait pas les tout
derniers moments de ces moines, alors pourquoi tenter de les raconter ?
Mais là où la mise en scène est d’autant plus incroyable,
c’est qu’elle ne manque pas de nous montrer les moines en mouvement. Evitant
ainsi le piège d’un film contemplatif trop mélodramatique, et qui aurait sans
doute mal transmis le message d’un tel évènement, Beauvois montre la liberté
des moines qui prennent leur voiture, vont au marché, descendent au village.
Des hommes libres de leurs mouvements en fin de compte, et donc de leurs
décisions respectives. C’est ainsi que c’est sur un message de liberté que se
termine le film, notamment lors de leur dernier repas. A l’initiative de Frère
Luc, ils goutent un air de vin en écoutant le final du « Lac des
cygnes » de Tchaikovsky. Heureux : certains pleurent d’émotion,
d’autres se sourient mutuellement, mais on peut deviner qu’ils ont atteint la
paix qu’ils attendaient depuis si longtemps. Plus tard, ils seront enlevés, et
seulement deux en réchapperont. Frère Jean-Pierre, toujours vivant à l’heure
actuelle, s’est dit très ému du film et heureux de voir la mémoire de ces
compagnons disparus apparaitre au cinéma.
Les scènes se succèdent, toujours justes par leurs
dialogues. Le casting exceptionnel du film ne manque pas de nous faire
apparaitre ces moines tout en humanité : Lambert a un des plus beaux rôles
de sa carrière, et Michael Lonsdale reste toujours fidèle à lui-même par la
qualité de son jeu. Les fabuleux paysages du Maroc ne manquent pas de nous
donner envie de partir là-bas, et c’est surtout la beauté de l’ensemble du
film, dont le titre est décidément bien trouvé, qui nous touche le plus lorsque
le générique apparait.





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