lundi 9 janvier 2012


Take Shelter, 2012

Réalisation: Jeff Nichols
Production: Tyler Davidson, Sophia Lin
Scenario: Jeff Nichols
Distribution: Michael Shannon (Curtis Laforche), Jessica Chastain (Samantha), Tova Stewart (Hannah laforche), Shea Whigham (Dewart)
Musique : David Wingo
Genre: Drame
Sujet: Curtis vit paisiblement avec sa fille et sa femme, jusqu’au moment où il fait d’affreux cauchemars : il est certain qu’une terrible tempête s’annonce...

« There is no storm outside, Curtis. »



 Take Shelter nous donne la joie de découvrir la facette magique du cinéma, capable d’allier réflexion et effets spéciaux. Loin des blockbusters, Jeff Nichols dépeint une Amérique profonde, pas du tout intellectuelle, perturbée par les rêves de Curtis : les cauchemars qu’il fait semblent lui annoncer une terrible tempête à venir, il décide donc de restaurer l’abri dans son jardin. Incompris de tous, même sa femme, pourtant attentive à son trouble, il va se plonger dans une lente remise en question de son état mental.
Car sa mère étant psychologiquement très fragile, il redoute une certaine hérédité : il voit des médecins, troublé par de nombreuses hallucinations. Sa fille, sourde, reste un souci pour la famille, mais dans l’ensemble tout se passait bien jusqu’à l’arrivée de ses cauchemars, qui le terrifie. Son initiative de restaurer cet abri anti-tornade sur un coup de tête parait être l’obsession d’un fou, et c’est grâce à sa réputation de travailleur et de chic type qu’il est ignoré pour un temps par ses voisins. 


Mais la force du film, outre l’intelligence du scénario qui nous dépeint avec une rapidité foudroyante les personnages, réside dans sa capacité à surprendre son spectateur par de multiples rebondissements. Des scènes nous laissent vraiment imaginer un tout autre film, pour finalement nous offrir, après un temps bien mesuré, la vérité. C’est ainsi que chacun peut s’inventer une tonne d’interprétations possibles, sans être pourtant jamais persuadé d’avoir résolu le film : outre une expérience de grand cinéma, cette intrigue ambiguë nous perturbe après et pendant le film, voir même avant. Et ce n’est pas gratuit de la part du réalisateur pour avoir l’air d’un intellectuel.  Le pari risqué du scénario, mais réussi à merveille, était sans doute d’introduire une petite fille sourde dans la famille : le fait de voir les parents allant dans des réunions ou rendez-vous pour leur enfant ne change en rien le propos du film. 
On a même la joie de constater que le cinéma peut décidément parler de beaucoup de choses, à condition qu’il le fasse bien ; ici, il y a plusieurs intrigues sur le même front, toutes problématiques : une mère schizophrénique, une fille sourde, des problèmes financiers...Et c’est une tempête qui va dérouter ce monde qui n'allait finalement pas trop mal. 



Pour ce qui est du casting, on peut dire que ce sont des excellents acteurs qui correspondent au ton du film : pas vraiment des stars, ils offrent une très belle interprétation de leurs rôles difficiles. La musique ne tombe pas dans le mélodramatique, tout comme la mise en scène : la sobriété est de mise pour Take Shelter, qui ne peut laisser personne indifférent, que l’on aime ce film ou non, car il est trop dérangeant. 



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